Bonjour, je m'appelle Nathalie, j'ai 35 ans, et je souhaitais témoigner de mon expérience sur le Paludisme, ayant été victime de cette terrible maladie. On est loin d'en imaginer la réalité. En fait, on vit dans une inconscience totale lors de nos divers voyages ! Concernant ces "moustiques", on est très loin de pouvoir s'imaginer que l'on puisse en arriver là où moi j'en suis arrivée !

C'est pourquoi, je voulais simplement vous relater mon expérience, afin de vous dire: attention, soyez prudent et vigilant !  

                Je réside depuis près de deux ans en France, afin de me "remettre" physiquement et moralement de cette agression violente. Je reste encore très affaiblie.

                Ayant passés plus de 30 ans en Afrique et dans divers pays, je me suis vue dégringoler subitement un jour et sans comprendre ce qui m'arrivait. Je prenais pourtant régulièrement de la Nivaquine depuis de nombreuses années. Etant née au Congo, je fus nourrie comme tous les bébés au sirop ! Beurk, ce goût amer me poursuit encore aujourd'hui ! La Nivaquine faisait partie de notre vie au quotidien! Trente deux ans après, alors que je séjournais au Sénégal, pourtant un Pays moins "touché" visiblement par le Plasmodium Falciparum, je fus pourtant terrassée par une fatigue incroyable, et je me retrouvais maigre comme jamais ! J’avais surtout des céphalées permanentes, cela me piquait au niveau du front, comme si on me passait un fil de fer par les narines afin d'extraire quelque chose au niveau du cerveau. Je suis venue à consulter un médecin sur place pour m'entendre dire que je souffrais d'une "dépression" et que je devais ainsi ingurgiter du "Prozac". J'étais outrée, moi, une dépression ? Je vivais depuis tant d'années en Afrique avec ma fille, et le corps médical subitement me gratifiait et m'affublait d'une dépression nerveuse ! Certes, j'étais fatiguée et je pleurais facilement, mais de là à être dépressive? J'en avais pourtant vu d'autre ! Je refusais net ce verdict et je décidais de partir quelques temps me reposer en France.


                Là, ce fut effectivement la descente vertigineuse et la pente glissante! Incroyable ! Toujours des maux de tête permanents ; puis je perdis tout d'abord l'équilibre et j'avais de plus en plus de mal à marcher. Il fallait que je me tienne à une épaule, sinon il ne m'était plus possible de faire un pas toute seule. Je délirais et racontais n'importe quoi. Puis ma vue déclina, et finalement un jour je n'ai plus pu parler... Finalement alitée, je fus traitée pour autre chose. Encore un mauvais diagnostic. Les Médecins en Métropole (France) étaient loin de s'imaginer, dans mon cas particulier, avoir à faire à un Plasmodium, par le seul fait d'avoir été traitée par un Médecin de Dakar. Je continuais ainsi ma descente lente et inexorable en enfer...

Une nuit, alors que je me rendais tant bien que mal aux toilettes, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, puisque j'étais devenue incontinente, et ne me donnant même pas la peine de vouloir ou pouvoir me déplacer vu que je ne réagissais plus à rien, je me retrouvais par terre étalée au milieu du couloir à donner des ordres à mon cerveau, pour que je puisse au moins me relever. Que nenni, rien à faire ! Je restais plantée là, à uriner au beau milieu du couloir, inerte ! Un peu plus tard, j'entendais de l'agitation autour de moi, je ne voyais rien, je ne réagissais pas, je ne bougeais pas, mais j'entendais ! Cela faisait un drôle d'effet, je vous assure ! Puis l'ambulance ... et soudain plus rien, le néant, le black out total.

               Je fus transférée de toute urgence en REA, transfusée. (goutte épaisse :15% Falciparum, insuffisance rénale, insuffisance hépatique, Thrombopénie, Anémie, etc.) Mon père fut immédiatement alerté, je ne devais pas passer la nuit,  et il vint au milieu de la nuit, après un long périple, me trouver aussitôt à mon chevet. La situation semblait critique et cela ne laissait rien présager de bon puisqu’on l’a autorisé à rentrer en réa en pleine nuit ! Aussi bizarre que cela puisse paraître, je l'ai bel et bien vu (d'en haut) auprès de moi, mon petit papa, et il ne m'a pas quittée une seule minute ; puis, j'émergeais de mon coma et remontais coute que coute la pente. C'est fou ce que le corps est bien fait !

                Je ne sais pas encore aujourd'hui comment et par quel miracle je m'en suis sortie. Je garde le souvenir d'amis et connaissances qui "partirent" en 2 jours d'un Plasmodium Falciparum à Dakar. Quant à moi, ma descente aux enfers aura duré quelques trois semaines avant la réa.

                Il m'aura fallu un long moment avant de pouvoir marcher à nouveau, à retrouver la vue, l'ouïe, bref tous les sens que j'avais perdu.... Et aujourd'hui, difficile de vivre avec mes séquelles mais je suis là pour pouvoir témoigner et brandir une pancarte : "Attention, cela n'arrive pas qu'aux autres!"  N E   B A N A L I S E Z   P A S   L E   P A L U D I S M E  !!!

                Je tenais à remercier à travers ce site, les Pompiers et SAMU d'Alès (30), les CHU d'Alès et de Nîmes, qui sans eux, ne serais plus là pour écrire ces quelques mots.
Donc, Un Grand Merci Encore, vous avez été formidable !!!!
 


 

Mon retour à Dakar fut difficile, n'ayant pas été suivie en réadaptation, kiné etc. j'essayais de réapprendre toute seule mais je n'y arrivais pas, j'étais vraiment très diminuée et fatiguée.
Je n'ai pas pu reprendre mon travail alors que j'étais revenue pour cela. Je me sentais être un zombi.
Puis rechute ----> re-hôspitalisation
C'est là que je décidais de quitter l'Afrique définitivement...

Nathalie
(2002)


 

Et aujourd'hui ????

Je me porte mieux, même si je reste encore très fragile et fatigable. Subissant des problèmes probablement "séquellaires" neuro (
syndrome extra pyramidal entre autre) et musculaires, avec une anémie et une tension entre 8 et 10, je ne peux toujours pas retrouver une vie normale, ayant des moments où, alitée, je ne peux absolument rien faire.

Ce qui m'empoisonne la vie :
Douleur raideur articulaire : on dirait une vieille quand je me lève, souvent la jambe gauche je suit pas.
Mal aux articulations et muscles,
fatigabilité musculaire, engourdissements, fourmillement, et faiblesse : bras gauche jambe gauche épaule gauche. Parfois tremblements
Céphalées, fatigue extrême
Tension basse, vertige etc.
Diminution de la vue vertigineuse. Vue trouble, floue, dans le brouillard total par moment.
Incontinence urinaire
qui s'accentue quand je suis fatiguée, et devient très gênante.
Température du corps qui ne se régule plus (forte sensation de brulures)
J'adorais l'eau, je n'aime plus me baigner
Sifflements,  acouphènes
Insomnie

(...)

Ce qui est dur aussi, est de ne pas avoir été comprise et entendue pendant des années par l'entourage et médecins ne connaissant pas les maladies tropicales, dont les effets néfastes d'un neuropaludisme, je me suis entendu dire être excessive, alcoolique, faire du cinéma, et j'en passe.

Le passage chez un psy est indispensable pour s'aider à accepter le nouvel être que nous sommes, nous ne revivons pas du tout de la même manière que l'avant coma puisque le plasmodium falciparum s'attaque au cerveau ; il y a selon les personnes qui s'en sortent, des séquelles irréversibles même si pour certaines cela s'attenue avec le temps.
Prendre son mal en patience, il n'y a pas de traitement comme me disait un Professeur spécialiste du Paludisme de l'hôpital de l'Archet à Nice.

Nathalie
(2010)

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